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SHERLOCK – The Hounds Of Baskerville

Sherlock Holmes est une référence littéraire, cinématographique mais aussi sérielle. Retour en analyse sur l’un des épisodes de la série Sherlock : The Hounds Of Baskerville.

Sherlock Holmes (Benedict Cumberbatch) et John Watson (Martin Freeman)
© Hartwood Films
© BBC ONE

🎬 Réalisateur : Paul McGuigan (Dr Frankenstein)

🎬 Scénaristes : Mark Gatiss & Steven Moffat (Dracula)

🎬 Casting : Benedict Cumberbatch (Imitation Game, The Fifth Estate), Martin Freeman (Le Hobbit, Black Panther), Amélia Bullmore (Scott & Bailey), Russel Tovey (Grabbers)

🎬 Genre : Drame / Thriller

🎬 Sortie : 8 janvier 2012 (États-Unis), 28 mars 2012 (France)

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Synopsis : L’enquête de Sherlock et Watson tourne autour d’un riche héritier : Henri Knight qui revient dans sa ville natale. Ce retour lui provoque des hallucinations lui permettant de se rappeler le meurtre de son père, tué dans les bois de Dartmoor lorsqu’il était enfant. Sauf qu’il confond l’assassin avec un « molosse » : « hound » en anglais. Cette confusion est due à une brume toxique propagée dans les bois par des chercheurs. L’enquête se tourne alors vers un endroit précis : les laboratoires de Baskerville, un peu « la zone 51 » de l’Angleterre.

Did we just break into a military base to investigate a rabbit?

John Watson

La série Sherlock est rapidement devenue une référence dans le monde de la sérialité. Intelligente d’un point de vue scénaristique, elle s’envole grâce à ses visuels recherchés, ses mouvements de caméra singuliers et sa dynamique narrative. C’est pour quoi, j’ai décidé de faire l’analyse d’une séquence de l’épisode « The Hounds Of Baskerville ».

Sherlock Holmes (Benedict Cumberbatch)
Colin Hutton - © Hartwood Films
© BBC ONE

Dans l’extrait que je vais analyser, Sherlock Holmes est sur le point de résoudre l’enquête mais les informations qu’il cherche sont trop lointaines : il a besoin d’entrer dans son « Mind Palace ». On retrouvera donc Sherlock Holmes, John Watson et le Dr. Stapleton qui travaille dans les laboratoires. Le « Mind Palace » est un moyen mnémotechnique de retrouver des souvenirs ou des informations. Son principe se base sur le fait que le cerveau est une gigantesque carte et qu’il suffit de trouver le chemin pour s’y aventurer : pour Holmes, il s’agit d’une projection mentale. Une sorte d’introspection en 3D avec laquelle il peut interagir.

La séquence commence au moment où les docteurs Watson et Stapleton quittent la pièce car il y a un changement d’action et se termine sur un plan large d’un paysage nocturne car il y a un changement de lieu. Mais l’extrait contient plus de temps avant et après pour garder une certaine immersion.




Une analyse doit toujours s’axer autour d’une problématique, l’objectif étant d’essayer d’y répondre. Alors voici la mienne :

EN QUOI LA RÉALISATION DE CET EXTRAIT EST-ELLE BASÉE SUR LE CERCLE ?

Même si cet extrait traduit la confusion, le désordre, la recherche avec des mots qui partent dans tous les sens, une caméra qui bouge continuellement, des gestes francs de la part du personnage, une musique continue, un underscoring qui ne s’arrête jamais et des éclairages artificiels importants : la réalisation est en réalité ordonnée autour d’un même « motif » : le cercle.

Le cercle : une forme omniprésente
Sherlock Holmes (Benedict Cumberbatch), John Watson (Martin Freeman), Dr. Stapletone (Amélia Bullmore)
© Hartwood Films
© BBC ONE

Cette forme est d’abord constamment à l’image dans l’extrait que ce soit en lumière, en hublot, comme projection et même sur l’ordinateur. Il est matériellement visible. Cette présence peut avoir une explication grâce à la symbolique du cercle. Il peut être représenté et interprété de différentes manières selon les cultures, les croyances et même la science.

Sherlock Holmes (Benedict Cumberbatch), John Watson (Martin Freeman), Dr. Stapletone (Amélia Bullmore)
© Hartwood Films
© BBC ONE

Par exemple, le cercle est la forme du crâne humain. Ainsi par l’incorporation de cette forme durant tout l’extrait, l’intention du réalisateur est sans doute de nous indiquer que nous allons entrer dans le crâne du personnage : puisqu’il s’agit d’une introspection après tout. Et cette idée se renforce quand on sait que le cercle désigne également le « moi intérieur », le centre psychique d’une personne.

Sherlock Holmes (Benedict Cumberbatch)
© Hartwood Films
© BBC ONE

Pour compléter l’idée que le réalisateur a subtilement placé des objets qui évoque le cerveau humain et le mental, je me suis intéressée à une autre signification qui dit que le cercle symbolise l’esprit tandis que le rectangle symbolise le corps. En plus de faire allusion au sujet de cette scène donc l’introspection de l’esprit, on retrouve cette référence tout au long de l’extrait. On le remarque donc, par exemple au niveau de l’ordinateur : un cercle (donc l’esprit), dans un rectangle (donc le corps) : l’esprit se trouve dans le corps. Ce type de « motif » est récurrent tout au long de l’extrait.

Sherlock Holmes (Benedict Cumberbatch)
© Hartwood Films
© BBC ONE

Le cercle est donc un élément important qu’on retrouve jusqu’à la fin de l’extrait où il semble même partager l’écran avec le personnage principal.

Sherlock Holmes (Benedict Cumberbatch)
© Hartwood Films
© BBC ONE

Once you rule out the impossible, whatever remains—however improbable—must be true.

Sherlock Holmes
LE Cercle : centre et circonférence

Cette séquence représente essentiellement le « Mind Palace » du personnage principal et le moment où l’on « entre » dans l’esprit de Sherlock Holmes est représenté par la superposition de plans flous comme si on passait à travers un portail ou une membrane. Et parmi ces plans, on retrouve deux cercles : l’introspection commence par une forme circulaire vide puis s’enchaine ensuite un cercle plein qui complète parfaitement le précédent : c’est son centre. On peut y lire « hound » (molosse en français). Dans un cercle, ce qui est le plus important, c’est le centre puisqu’il est à l’origine de tout. Par ces plans, on comprend donc que le centre de la réflexion de Sherlock Holmes sera autour de ce mot « hound » et que ses recherches vont tourner autour de ça. On retrouve donc tout au long de la séquence ce cercle lumineux tournoyer autour de Sherlock Holmes.

Sherlock Holmes (Benedict Cumberbatch)
© Hartwood Films
© BBC ONE

Comme dit précédemment, ce qui importe le plus dans un cercle est son centre. Je vais donc approfondir cet aspect de mon analyse. Dans un cercle, on compte deux parties : le centre et la circonférence. Le centre désigne le point de départ de toute chose et aussi l’arrivée, la finalité. La circonférence est synonyme de mouvements, de changements et d’évolution. Ce que le centre produit, la circonférence le fait évoluer avant qu’il ne revienne à nouveau au centre, modifié. On sait que le centre de la réflexion est le mot « hound », et on sait également que Sherlock Holmes est à l’origine de cette réflexion : il doit donc être le centre d’un cercle, étant donné les propos que j’ai évoqué juste avant.

Jesus Christ, it was the hound. Sherlock, it was here. I swear it, Sherlock. It must— Did you see it? You must have?

John Watson
Le travelling circulaire

Il existe bien un cercle comportant un centre et une circonférence parfaitement défini mais qui n’est pas visible comme les flashs ou les objets; pourtant, il est omniprésent durant tout l’extrait. Il commence à se former au début de la réflexion de Sherlock Holmes : il s’agit du travelling circulaire.

On comprend que Sherlock Holmes est le centre de ce travelling lorsque ce mouvement de rotation s’arrête pour laisser sortir les personnages secondaires. Le travelling circulaire est une manifestation de la réflexion du personnage principal, il tourne uniquement autour de lui et uniquement quand il réfléchit. Ce mouvement permet donc d’amorcer l’introspection mais aussi d’accompagner la sortie du Dr. Watson et du Pr. Stapleton. Dès lors que ces personnages ne sont plus dans la pièce, la focale change pour se fixer sur Sherlock Holmes qui n’était alors qu’en arrière-plan. Il devient le centre d’attention et donc le centre du cercle. Il est le point de départ de la réflexion : d’ailleurs la première chose qu’il fait est de ramener ses pensées, sous le forme d’intratitres, au centre. Mais également de les ramener vers lui à la fin de sa réflexion.

Si Sherlock Holmes est le centre, la circonférence est définie par le mouvement de la caméra. C’est à partir de ce mouvement que les pensées du personnage, donc les intratitres vont s’animer. Elles vont continuellement tourner autour de lui sans qu’il ne les touchent pour autant. Elles ne font que graviter, ce sont des projections : on le voit bien dans les plans suivants. Comme le centre et la circonférence d’un cercle, ils ne se touchent jamais mais sont continuellement en interaction. Les intratitres sont alors sans cesse modifiés, en mouvement voire même effacés.

Et même si on pense que certains mots sont inscrits en parallèle du personnage, et non plus dans la circonférence : ce n’est qu’une question de perspective. Il ne faut pas oublier que la caméra effectue un cercle autour du personnage et que ces mots sont en réalité parallèles à la caméra, donc parfaitement dans la circonférence du cercle. Si on se réfère à la vidéo qui suit, les plans « Liberty » et « In » nous permettent de le comprendre : le Liberty est parfaitement parallèle à la caméra mais comme il ne tourne pas dans le même sens, on va le voir pivoter autour de Sherlock dans un cercle parfait. Tout comme dans le plan « In » : les mots sont fixes mais on voit bien qu’ils pivotent autour du personnage. Durant tout l’extrait, on a donc un cercle avec un centre et une circonférence.

Ce travelling circulaire, en plus de matérialiser la circonférence permet également de délimiter l’espace de réflexion. L’une des symboliques du cercle est l’expression : on parle de cercle de paroles. C’est une sorte d’enveloppe dans laquelle on peut s’exprimer librement. Même si le personnage ne parle pas, le travelling circulaire marque son espace d’expression. C’est dans cette partie du plan que le mouvement existe, que les intratitres sont présents, que l’action se déroule.

D’ailleurs, on remarque que tout objet passant devant la caméra reste flou et ne s’interpose pas entre elle et l’intratitre. En dehors de cette limite, l’arrière plan est lui aussi devenu flou et passe trop rapidement pour qu’on puisse distinguer quelque chose de net. À tout ça s’ajoute la musique extradiégétique qui commence au même moment que le mouvement rotatif de la caméra.

Le travelling circulaire permet donc de créer un tout autre espace dans lequel le personnage s’isole : il crée le « Mind Palace ».

John Watson : You were wrong. It wasn’t in the sugar. You got it wrong.

Sherlock Holmes : A bit. Won’t happen again.


Pour conclure, en plus d’inclure des décors sphériques tout au long de l’extrait, le réalisateur utilise la symbolique du cercle et son mouvement circulaire pour mettre en scène l’introspection du personnage et matérialiser le « Mind Palace ». La réalisation de cet extrait est donc basée essentiellement sur le cercle.


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