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Sound of Metal

Retour sur un film dont le silence est sa force

🎬 Réalisateur : Darius Marder

🎬 Casting : Riz Ahmed (Nightcrawler), Olivia Cooke (Ready Player One), Paul Raci (Baskets)

🎬 Genre : Drame / Musique

🎬 Sortie : 16 juin 2021

Synopsis : Ruben et Lou, ensemble à la ville comme à la scène, sillonnent les Etats-Unis entre deux concerts. Un soir, Ruben est gêné par des acouphènes, et un médecin lui annonce qu’il sera bientôt sourd. Désemparé, et face à ses vieux démons, Ruben va devoir prendre une décision qui changera sa vie à jamais.

Like, what does it matter? What does it matter? It just passes. Yo. If I disappear, like, who cares? Nobody cares, man. Seriously.

Ruben

Sound of Metal signe le premier film de Darius Marder, un long-métrage indépendant, ramenant un peu d’humain dans la grosse industrie américaine pompeuse. Déjà retentissant outre-atlantique et fort de multiples récompenses, qu’en est-il vraiment de ce long-métrage poético-grunge ?

La narration : représentation de la surdité

Avec ce long-métrage, Darius Marder met en lumière et en images un univers en manque de représentation : la surdité. Que ce soit sur le petit ou le grand écran, ce handicap n’est que très peu abordé comme sujet principal d’un film : Sound of Metal offre donc de la visibilité à cette communauté, pour le plus grand plaisir d’un public alors en pleine découverte. Nous suivons donc Ruben – et sa petite-amie un temps –, faire face à ce qui pourrait s’apparenter au pire cauchemar d’un musicien : la perte d’audition. Ruben, batteur, va alors voir sa vie basculer. C’est un tout nouveau parcours qui s’ouvre pour lui, un tout nouveau monde.

Et c’est ce sentiment de nouveauté qui anime la narration de Sound of Metal. En effet, avec son scénario simple – presque prévisible – Darius Marder entraine le spectateur dans un long chemin de croix aux côtés de Ruben. Le récit est alors l’apprentissage d’une nouvelle vie, remplie d’émotions et de tensions pour Ruben : c’est se redécouvrir et redécouvrir les autres. En perdant l’audition, ce jeune batteur va alors réellement entendre les autres et s’entendre lui-même.

Pour le spectateur, Sound of Metal offre, au travers de son personnage principal, une approche différente d’un monde duquel nous passons souvent à côté et permet ainsi une ouverture d’esprit sur ce handicap invisible.

L’esthétique : vraisemblance et immersion

Fort de son sujet singulier et de son approche immersive – abordée juste après -, c’est avec une esthétique naturaliste, simple et réaliste que Darius Marder met en avant ses personnages. En effet, Sound of Metal réside dans l’émotion, l’humain et leurs relations ; ainsi, les visuels sont calmes et lisses, souvent clairs et permettent à l’expressivité et à la présence des acteurs d’emporter l’attention et de capter le regard. Si ce film se satisfait de choix esthétiques directs et simplistes, ils ne sont pas pour autant fades ou ennuyeux mais reflètent une vie vraisemblable. Cependant, cette approche et ce manque de « wow » visuel peuvent diviser et être interprétés comme banals et oubliables par certains, couplés à un squelette scénaristique prévisible.

Proche de la contemplation digne de Gus Van Sant, ce long métrage réussit à alterner entre des plans longs, fixes ou lents mais jamais lourds : le spectateur est alors observateur ; et une immersion profonde et significative qui plonge le public au coeur du crâne de Ruben, au sein même de la narration, sans recul.

Cette immersion est incarnée par des gros plans avec de longues focales – l’arrière plan est flou, l’angle de champ est réduit – projetant le personnage au premier plan, presque collé à la caméra : au plus près du spectateur, à fleur de peau et d’émotions. Si ce n’est sur les personnages, c’est sur les objets et les gestes que l’attention se porte : au bout d’une feuille, au bout des doigts. Il est important de regarder et pas simplement de voir, le spectateur prend alors facilement la place d’un personnage. Une immersion intense assurée également par le design sonore conceptuel de ce film.

Le son : entendre différemment

On parle alors du concept sonore proposé par Nicolas Becker (Gravity, Arrival). Sound of Metal n’est pas un film à regarder mais à ressentir, grâce au travail novateur apporté sur la sphère sonore, happant le spectateur dans le récit. On nous permet alors d’expérimenter durant un film, le vide sonore et la perte d’audition : le silence et les déformations sonores deviennent une force, occupent l’espace autant que les sons. Notre perception s’aligne à celle de Ruben pour mieux le comprendre, pour mieux comprendre tous les personnages sourds ou malentendants.

Déstabilisant, perturbant, marquant : les qualificatifs sont nombreux pour définir ce travail sonore qui ne laisse pas indifférent. C’est alors une expérience nouvelle et enrichissante qui permet à Sound of Metal d’exploiter entièrement la surdité et de nous la faire vivre. On est cependant loin d’une surexploitation de son concept novateur ou d’une béquille sur laquelle repose ce film, puisque ce design sonore reste au service de son sujet et de ses personnages.

L’intelligence de ce long métrage réside alors dans la justesse d’interprétation. Et quand on parle d’interprétation, force est de constater que Riz Ahmed offre avec Ruben l’un de ses rôles les plus expressifs et captivants tant sa présence et son visage s’imposent à l’écran. Sa performance fera sans nul doute l’objet de nombreuses récompenses.

That’s life. That’s life. No, for real. Okay? It just passes. It just fucking… fucking passes.

Ruben

Note

Note : 8 sur 10.

8/10

Sound of Metal s’impose dans le cinéma indépendant américain avec un scénario simpliste et des visuels vraisemblables au service de l’émotion et de l’humain, offrant à Riz Ahmed et Paul Raci de belles performances. Son concept sonore immersif permet à ce long métrage de représenter entièrement la surdité, un sujet qui manque cruellement de place sur nos écrans. Darius Marder est un réalisateur à suivre de près.

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