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Toy Story 4 : Sacrilège d’une Saga

À travers ses trois films Toy Story livre un message sur l’enfance, revoyons comment le 4e opus a détruit cette idée.

Au sein d’un Disney souvent diabolisé comme une entreprise annihilatrice de toute créativité, Pixar a toujours fait exception aux yeux de la critique, ayant un sens créatif très fort. Beaucoup de ses productions reposent sur un concept, celui de mettre directement en scène leur sujet, ainsi, dans Vice Versa (2015), pour parler des émotions d’une adolescente, Pixar fait de ces émotions des personnages à part entière. C’est l’exemple le plus radical mais nombre de films se rapproche de cette idée de mettre en scène quelque chose de surnaturel pour servir un propos, comme dans Ratatouille (2007) où le rat en personnage principal, comble du rebut de la société et objet de dégoût, vient exprimer l’idée que « tout le monde peut cuisiner ». Ce procédé peut valoir à Pixar un certain manque de subtilité mais lui permet de se détacher de la concurrence, DreamWorks et Blue Sky en première ligne (même si ce dernier appartient désormais également à Disney), dont la création d’univers fantastiques dans leurs films semble souvent ne répondre à aucune logique.

Toy Story (1996) est une œuvre parlant de la société de consommation ainsi que du vieux affrontant le neuf (dualité old-school / new-school). Le film le fait en animant directement des produits de consommation, des jouets. Puis au fil des trois films composant la trilogie, Toy Story est devenu une vraie œuvre sur l’enfance et l’imagination. Cette œuvre trouve son apothéose dans son troisième volet, véritable maestria d’émotions, apportant une conclusion à la saga, mais surtout au propos. Ainsi Buzz ou Woody ne sont pas des personnages autonomes, le but de l’œuvre n’est pas de suivre leurs aventures, ce sont des idées. Un personnage comme Woody représente quelque chose et ses aventures ont une importance symbolique, dans la saga il est la représentation du lien avec l’enfance. Ce n’est pas un personnage indépendant, il est la personnification du jouet. Toy Story nous expose plusieurs idées à travers ses films.

Copyright Walt Disney Studios Motion Pictures France

Dans le premier film Buzz pense être un astronaute, donc un être humain. Mais il finit par se rendre compte qu’il n’est qu’un produit de consommation banal comme il en existe des milliers. Finalement, il trouve un sens à son existence de jouet en se rendant compte qu’il est important pour un enfant. Buzz est unique aux yeux d’Andy et le sens de sa vie de jouet est de rendre heureux cet enfant. Les bases sont posées, l’idée est présente. Les personnages ne sont pas des humains, ils ne sont pas humanisés, ce sont bien des jouets. C’est d’ailleurs la réplique la plus connue du film, Woody crie à Buzz « Tu n’es qu’un jouet ! » comme pour le rappeler à la raison et à son devoir.

Dans le deuxième opus Woody est confronté à un choix, celui entre une vie immortelle dans un musée, ou une autre, bien plus incertaine, au côté d’un enfant. Évidemment il choisit la deuxième option, la place de Woody, donc du jouet, est avec un enfant. Encore une fois l’œuvre choisit la vie, elle nous montre à quel point une seconde de la vitalité et de la beauté de l’enfance vaut plus qu’une vie inerte, finalement une mort spirituelle.

Dans la troisième et dernière partie de l’œuvre, le propos se développe et rentre dans sa phase la plus intéressante, puisque l’enfance se heurte à sa propre fin. La conclusion qu’apporte Toy Story 3 (2010) donne en réalité tout son sens à la saga. Woody est donc face à la fin de l’enfance, est-il par conséquent face à sa propre mort ? Le personnage refuse évidemment cela et s’accroche toujours à Andy, qui n’est tout simplement plus l’enfant auquel il tient tant. Woody ère, s’interroge, il finit par accepter de quitter son partenaire. Finalement Andy le donne à Bonnie, une enfant qu’il connaît. Cette scène de fin est sans aucun doute la plus belle de la saga. Andy présente tous ces jouets avec lesquels il a grandi, avec lesquels nous avons grandis. Puis il retrouve Woody, symbol de son enfance, le regarde une dernière fois dans les yeux, vante ses mérites, des mérites qui peuvent lui être attribué en tant que héros de Toy Story, mais des mérites qui sont totalement imaginaires pour Andy, Woody restera toujours ce cow-boy valeureux dans l’esprit d’un enfant. Ce n’est qu’un jouet, mais un jouet représente tant. Andy retrouve son enfance le temps d’un dernier jeu, avant de définitivement lui dire au revoir. Le film s’adresse directement aux enfants ayant vu Toy Story en 1995 et ayant grandi depuis, il est temps de laisser partir ces personnages. L’idée même de suite va à l’encontre du précédent volet. Mais cette fin nous donne surtout une conclusion au propos de Toy Story. L’idée est simple : Woody ne peut mourir. Ce qu’il représente en tant que jouet ne peut mourir. Le rôle d’un jouet est d’apporter joie et réconfort à un enfant et cela ne peut jamais changer. Les enfants grandissent et les jouets passent dans les mains des générations suivantes. La boucle est donc bouclé ici, Toy Story a achevé son message et a placé son histoire dans une boucle infinie, il est temps pour nous de quitter Woody et Buzz mais ceux ci vivront toujours, du moins tant qu’il y aura des enfants.

Copyright Walt Disney Studios Motion Pictures France

Mais voilà qu’arrive Toy Story 4. L’idée même d’une suite à Toy Story 3 va à l’encontre de celui-ci et le réfute. Toy Story 4 par son existence s’oppose au volet précédent. Mais une fois que l’œuvre est produite, deux résultats peuvent être prévus, soit une addition inutile à la saga, n’étant qu’un produit dérivé sans intérêt, ou un film détruisant littéralement toute l’idée de la trilogie et réduisant à néant la construction de l’œuvre. Et cette deuxième voie a été choisi.

Le film nous présente un Woody mal à l’aise car n’étant plus le favori de son enfant, il ne sent pas à sa place. L’idée de nouvelles aventures implicitée par la fin de Toy Story 3 n’a désormais plus aucun sens, l’idée que Woody est heureux en effectuant son rôle, donc en donnant du bonheur à un enfant, allant contre l’idée qu’il est uniquement heureux avec Andy, est brisé. Woody veut Andy, mais ça ne sert en rien le propos.

À la fin du film Woody décide de quitter son enfant pour vivre de lui-même en compagnie de la Bergère, dont il est visiblement tombé amoureux. En réalité Toy Story 4 décide d’humaniser Woody, en cela il prouve qu’il n’a aucun propos, mais surtout, concluant le personnage de Woody par son humanisation, détruit l’idée entière de la saga. Woody n’est plus la personnification de l’enfance mais un simple personnage banal de dessin animé. L’œuvre n’a tout simplement plus de sens, ce n’est plus qu’une aventure d’un personnage comme on peut en trouver dans les romans de gare. Et puis pourquoi Woody serait-il indépendant ? Comment un jouer peut il être indépendant ? Quel en est le sens ?

Mais le pire est probablement que ce film corrompt les précédents. En imposant une fin à l’histoire de Woody et non à « Toy Story » donc littéralement à l’histoire de jouet, Toy Story 4 vient nous faire croire que la saga s’articule autour de la quête spirituelle de son personnage principal. Ainsi les trois premiers sont dénaturés et perdent ce qui fait leur beauté et leur intelligence, le 4ème volet va jusqu’à ternir des films qu’on a tant aimés. Mais si Toy Story était dès le début l’histoire d’un personnage ayant des émotions et préoccupations humaines, pourquoi en faire un jouet ? On se rapproche de la philosophie de DreamWorks de créer un univers fantastique pour le plaisir. Ce film, malgré ses airs de grand film d’animation pour adultes avec ses plans sombres, son sens admirable de la lumière et ses scènes émouvantes interminables, est en fait on ne peut plus gamin.

Là où la trilogie apportait une idée d’infinité et portait un regard intelligent sur l’enfance, la consommation et le passage à l’âge adulte, Toy Story 4 vient nous narrer la petite histoire de Woody et tente de nous faire croire que toute la saga n’est faite que pour le servir. Le film a une odeur de mort, là où le précédent film prônait la vie, l’immortalité. C’est un produit dérivé mercantile se cachant derrière une ambiance pseudo-adulte et fabriquant une fin à une saga qui en avait déjà une.

Tu n’es qu’un jouet !

Woody

1 réponse sur « Toy Story 4 : Sacrilège d’une Saga »

Le film est comme un véritable reflet de la vie, sans fioritures et comme si vous regardiez un documentaire. Il y a plusieurs significations importantes, le bien et le mal, l’amour et la haine

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