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Voyage en terre inconnue #1 – Double Mise (1996)

Retour sur Double Mise (Hard Eight), le premier film de Paul Thomas Anderson, porté notamment par Phillip Baker Hall et John C. Reilly.

Double Mise (Hard Eight)

Affiche Splendor Films pour la ressortie de Double Mise.

🎬 Réalisateur : Paul Thomas Anderson (Magnolia, Phantom Thread)

🎬 Casting : Phillip Baker Hall (Midnight Run, Magnolia), John C. Reilly (Les Frères Sisters, Stan & Ollie), Gwyneth Paltrow (Seven, Avengers : Endgame), Samuel L. Jackson (Black Snake Moan, Les Huit Salopards)

🎬 Genre : drame

🎬 Sortie : 28 février 1997 (Etats-Unis), 7 novembre 2000 (France, en DVD)

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Synopsis : Un homme qui ne peut pas payer l’enterrement de sa mère rencontre un joueur expérimenté qui va lui apprendre à gagner beaucoup d’argent au casino. Dans cet univers, et accompagné de son mentor, il va rencontrer un ami puis tomber amoureux.

Bienvenue dans Voyage en terre inconnue, la chronique qui revient sur des films inconnus (ou presque) en France ! Aujourd’hui, on revient sur un film qui n’est malheureusement pas sorti en salles chez nous, mais directement en DVD : Double Mise, le premier film de Paul Thomas Anderson.

On dit souvent que le premier film d’un réalisateur est celui qui propose l’avis le plus intéressant sur la psychologie de ce dernier, jetant les bases de ce qui constituera plus tard les socles de sa filmographie tout en mettant en lumière les faiblesses de ces capacités. Double Mise (Hard Eight en version originale) n’échappe pas à cette règle, et offre un panorama sur les prémices d’une des plus incroyables filmographies de ces dernières années, celle de Paul Thomas Anderson.

Ce qui saute aux yeux lorsque l’on visionne Double Mise, c’est principalement les influences de Paul Thomas Anderson. Sorti à peine un an auparavant, Casino de Martin Scorsese constitue une des sources d’inspirations principales de l’oeuvre, reprenant les thématiques de l’argent, et du milieu vicié et malhonnête qu’est le monde du jeu. Bien sûr, nous ne sommes pas au niveau de démesure du film de Scorsese, mais le rapprochement se fait aisément, tant PTA semble vouloir nous proposer une relecture de Casino. Scorsese d’ailleurs qui s’impose, outre les thématiques, comme une vraie source d’inspiration en matière de mise en scène, Double Mise s’arguant d’une mise en scène dynamique et rempli de longs plans séquences (certains gimmicks d’influence présents ici disparaîtront plus tard du style PTA) qui n’est pas sans rappeler les grandes heures du réalisateur new-yorkais. Mais PTA ne montre-t-il pas ici d’autres inspirations ? Certains plans à la longueur étirée et à l’esthétique froide ne sont pas sans rappeler le style Kubrick, de même que l’on peut déjà apercevoir les effets de Robert Altman sur sa mise en scène.

Phillip Baker Hall dans Double Mise.

Double Mise permet également de mettre en lumière les talents d’écriture de Paul Thomas Anderson. Les défauts des premiers films des réalisateurs/scénaristes sont souvent constitués par des défauts dans l’écriture et dans le développement des personnages, au profit du démonstration des capacités en mise en scène. Or ici, PTA nous démontre qu’il est un des meilleurs scénaristes récents. En évitant l’écueil de la mauvaise introduction des personnages, il introduit ses quatre personnages assez lentement pour nous permettre de s’attacher à eux. Il ne change pas ces habitudes avec la qualité de son écriture, nous présentant des personnages aux conceptions parfois trop monocorde, trop basique du monde dans lequel ils vivent, et qui amènera à un conflit qui semble inévitable. Il tisse également une histoire, certes pas exempt de tout défaut, mais assez fluide et cohérent pour être captivant et offrir un bon moment de cinéma. Rien, encore une fois, n’est laissé au hasard, pas même le choix d’un casino qui joue le rôle de choc frontal des cultures, de catalyseurs des âmes perdues où chacun tente de se donner l’impression qu’il quitte le temps d’un instant du moule inamovible dans lequel il vit. Tissant son film comme un fil d’anecdotes qui finiront par pendre au sens dans la dernier acte, PTA va donc nous proposer un scénario qui, s’il n’est certes pas forcément des plus marquants (même si l’on sait que les producteurs ont coupé une heure de film, ce qui crée bien évidemment des trous scénaristiques), évite nombre d’écueils du premier film pour offrir une histoire plaisante à suivre.

Phillip Seymour Hoffman dans Double Mise.

Peut-on alors dire que Double Mise  est une immense surprise ? Il convient de tempérer cet avis. Si on a dit que l’exercice scénaristique vu réussi avec brio, le film offre plus de souci de mise en scène. On l’a dit, PTA puisse ses influences, quitte à trop vouloir les copier. S’il expose ce qui constituera certains de ces gimmicks de ces réalisations, le film souffre d’une mise en scène qui, inventive et inspirée au début, devient au fur et à mesure de plus en plus terne et impersonnelle, donnant presque la sensation que PTA est un yes man ordinaire. Même s’il dirige très bien son casting-(mention spéciale à un Phillip Baker Hall absolument incroyable dans son personnage), le reste du travail de réalisateur, même s’il présage de très bons horizons, se révèle limité. Si le scénario résiste à nombre d’écueils de débutants, la réalisation tombe dans ses travers où, en voulant trop bien faire, PTA se perd et donne une petite déception, tant l’on connaît la majestuosité de ce qu’il nous offrira plus tard.

Si Double Mise ne s’affirme pas comme un grand film, il n’en reste pas moins un bon moment de cinéma, posant les prémices d’un futur très grand. Sans s’extirper totalement des défauts d’un premier film, PTA arrive néanmoins à crée un travail plein de promesses et une porte d’entrée nette pour décortiquer plus en profondeur son style si singulier. Héritier d’un cinéma qu’il tend de transposer le plus fidèlement au monde qu’il entoure, Double Mise sonne comme le point de départ de la longue fresque de l’homme que constitue sa filmographie, en mettant en lumière la paternité, la transmission et l’argent, trois thèmes qui lui sont chers. Un film qui reste donc très agréable au visionnage, et qui est riche en enseignement : pas de doute, on vous le recommande !


Note

7/10

Note : 7 sur 10.

Si Double Mise n’évite pas tous les écueils du premier film, Paul Thomas Anderson nous offre ici un très bon moment de cinéma, porteur de promesses pour l’avenir. Un film agréable au visionnage où l’on ressent toutes les influences de PTA, qui malgré tout tente d’y insufler sa patte, présageant de grandes oeuvres cinématographiques en perspective…


Bande-annonce : 

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